Martinique : trois semaines de mission pour étudier les tortues d’eau douce

Les tortues d’eau douce ont beau sembler inoffensives, certaines espèces n’en sont pas moins invasives et potentiellement dangereuses pour la biodiversité locale. C’est le cas de deux espèces aux Antilles : la Trachémyde de Stejneger (Trachemys stejnegeri), originaire de Porto Rico, et la tortue de Floride (Trachemys scripta), originaire des Etats-Unis. Pour mieux connaître les paramètres démographiques et les habitudes écologiques de ces espèces, une mission terrain de trois semaines a été organisée en Martinique.

Jeffey Mackenzy Paul, actuellement en doctorat, est spécialiste des tortues du genre Trachemys qu’il étudie dans le cadre de ses recherches. Christopher Cambrone, coordinateur du projet MERCI, a quant à lui une grande expérience des techniques de captures-marquage-recapture. Les deux jeunes chercheurs, soutenus par l’association Caribaea Initiative en charge du projet MERCI, ont été appuyés sur le terrain par Kévin Urvoy, qui travaille sur les Espèces Exotiques Envahissantes à l’OFB (Office Français de la Biodiversité).

Récupération des tortues piégées dans les « basking traps »

La mission s’est déroulée en deux temps. La première semaine a été consacrée à la préparation du terrain, en particulier avec la fabrication de pièges adaptés aux tortues (les « basking traps ») et celle de plateformes permettant ensuite de les observer. Lors des deux semaines suivantes, les jeunes chercheurs ont échantillonné trois mares de Martinique. Les pièges ont permis de capturer 16 tortues. Chacune a été mesurée (longueur et largeur de la dossière et du plastron, hauteur de la carapace, masse corporelle), photographiée de manière standardisée grâce à un studio photo nomade, et certaines caractéristiques observables telles que la couleur de la tempe, la couleur des iris ou la forme de la carapace ont été notés. Celles-ci sont utilisées pour reconnaitre l’espèce, ou les hybrides d’espèces, dont la détermination sera ensuite confirmée par une analyse génétique des échantillons de salive et de sang qui ont également été prélevés.

Le marquage des tortues permet de reconnaitre les individus

Pour mieux comprendre les paramètres démographiques de l’espèce dans les mares étudiées, les tortues ont été marquées, grâce à une étiquette munie d’un code unique placée sur leur carapace. Les plateformes d’observations ont ensuite été déployées dans les trois mares, et resteront en place jusqu’à la fin de l’été. Ces plateformes sont munies d’une caméra, permettant de photographier la carapace des individus venant s’y reposer. L’analyse des photos permettra d’estimer la taille des populations des mares, et de mieux comprendre l’activité des tortues.

Pour connaitre les habitudes alimentaires des tortues invasives, 23 individus ont également été capturés à l’épuisette. L’analyse de leur contenu stomacal permettra de mieux comprendre leur impact sur la biodiversité autochtone.

Plateforme de repos munie d’une caméra

Si la mission est achevée, le travail continue avec la poursuite des photos sur le terrain et les analyses des échantillons. Jeffey et Christopher sont satisfaits du travail mené pendant ces trois semaines, en dépit de certains aléas du terrain. Parmi les frustrations, la difficulté de capturer des tortues dans certaines mares. Christopher se souvient : « Le peu d’individus capturés dans ces mares n’est pas dû au fait qu’il n’y avait pas de tortues, car il y en avait. Nous les avons vues à plusieurs reprises sur nos basking traps, mais elles (ne) sont pas ou peu tombé dans le panneau ! ». Ce phénomène intrigant pourrait être dû à une topographie différente entre les sites, notamment en termes de lieux de repos pour les tortues, ou à des différences comportementales entre les tortues. Toujours selon les dires de Christopher, « les tortues martiniquaises ne sont pas commodes et essayaient de nous mordre à la moindre occasion. » Jeffey et lui sont cependant prêts à retourner sur le terrain, et envisagent déjà une autre mission en fin d’année pour continuer les captures.

 

Lire le rapport de mission (PDF)

Photos: Christopher Cambrone

 

Le projet MERCI est cofinancé par le programme INTERREG Caraïbes au titre du Fonds Européen de Développement Régional